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Iodure de potassium
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L'iodure de potassium est un composĂ© inorganique de formule chimique KI. Il s'agit du sel de potassium et d'acide iodhydrique HI. Il se prĂ©sente sous la forme d'un solide cristallisĂ© blanc constituĂ© d'ions potassium K+ et iodure I−. C'est l'iodure Ă©conomiquement le plus important. Moins hygroscopique que l'iodure de sodium NaI, il se manipule plus facilement. Il prĂ©sente une teinte jaunĂątre lorsqu'il contient des impuretĂ©s ou sous l'effet du vieillissement, les ions iodure I− s'oxydant en iode I2 au contact prolongĂ© de l'aircite-ref-ullmann-6-0[6]:

4 KI + 2 CO2 + O2 → 2 K2CO3 + 2 I2.

L'iodure de potassium est utilisĂ© en mĂ©decine sous la forme de comprimĂ©s contenant typiquement 130 mg de KI, ce qui reprĂ©sente environ 100 mg d'iode. Il peut Ă©galement ĂȘtre administrĂ© sous forme de « solution saturĂ©e d'iodure de potassium » (SSKI).

Le kelp est une source naturelle en KIcite-ref-7[7] ; la quantitĂ© en iodure peut varier de 0,089 Ă  8,165 mg/g dans les variĂ©tĂ©s asiatiques, ce qui rend l'estimation de son apport par l'alimentation difficilecite-ref-8[8]. Manger 3 Ă  5 grammes d'algues trĂšs sĂ©chĂ©es, non rincĂ©es apporterait 100 Ă  150 ÎŒg d'iodure, soit Ă  peu prĂšs les apports journaliers recommandĂ©scite-ref-9[9].

Contents

‱ Structure
‱ Production
‱ Industrie
‱ Alimentation
‱ Divers

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Structure

L'iodure de potassium est un cristal ionique, K+;I−, de mĂȘme structure que le chlorure de sodium, c'est-Ă -dire deux rĂ©seaux cubiques Ă  faces centrĂ©es imbriquĂ©s l'un dans l'autre, dĂ©calĂ©s de a/2 suivant l'un des axes de la maille.

Production

On obtient l'iodure de potassium en faisant réagir de l'hydroxyde de potassium KOH avec de l'iode I2cite-ref-ullmann-6-1[6]:

6 KOH + 3 I2 → 5 KI + KIO3 + 3 H2O.

L'iodate de potassium KIO3 est ensuite réduit par du carbone :

2 KIO3 + 3 C → 2 KI + 3 CO2.

Solution saturée

Une solution saturĂ©e d'iodure de potassium — dite « SSKI » — contient, dans sa forme gĂ©nĂ©rique aux États-Unis, 1 g/mL de KI, ce qui, pour une posologie d'adulte d'environ 5 gouttes, reprĂ©sente 333 mg de KI et environ 250 mg d'iodure (I−)cite-ref-10[10]. La SSKI Ă©tant un liquide visqueux, il est habituellement convenu qu'il faut 15 gouttes pour 1 mL et non 20 comme dans le cas de l'eaucite-ref-11[11].

La SSKI peut ĂȘtre simplement prĂ©parĂ©e en saturant l'eau avec du KI, c'est-Ă -dire en ajoutant de l'iodure de potassium solide Ă  l'eau, jusqu'Ă  ce que celui-ci ne se dissolve plus, ne nĂ©cessitant donc aucun appareil de mesure.

Applications

Chimie inorganique

L'ion iodure Ă©tant un rĂ©ducteur doux, il peut ĂȘtre facilement oxydĂ© en iode I2 par un oxydant fort tel que le chlore Cl2 :

2 KI (aq) + Cl2 (aq) → 2 KCl + I2 (aq).

Cette réaction est utilisée pour isoler l'iode à partir de ressources naturelles.

Comme les autres sels d'iodure, l'iodure de potassium forme des triiodures en I3− lorsqu'il se combine avec I2 :

KI(aq) + I2 (s) → KI3 (aq).

Contrairement Ă  I2, les sels d'I3− sont particuliĂšrement solubles dans l'eau. À travers cette rĂ©action, I2 est utilisĂ© dans les titrages par oxydorĂ©duction. Le KI3 aqueux, ou « solution de lugol », est utilisĂ© comme dĂ©sinfectant et comme solution de gravure pour les surfaces d'or.

L'iodure de potassium est aussi un précurseur de l'iodure d'argent AgI, qui est utilisé dans les pellicules photographiques haute vitesse :

KI(aq) + AgNO3 (aq) → AgI(s) + KNO3 (aq).

Chimie organique

KI sert de source d'ions iodure en synthÚse organique. On peut par exemple noter son utilisation pour préparer des iodures d'aryle à partir de sels d'arÚnediazoniumcite-ref-12[12]cite-ref-13[13], par exemple :

L'iodure de potassium, source d'iodure, peut aussi servir de catalyseur nucléophile pour l'alkylation de chlorures d'alkyle, bromures d'alkyle et mésylates.

Industrie

L'iodure de potassium est un précurseur de l'iodure d'argent AgI, un composé chimique important en photographie argentique. Il est utilisé dans certains désinfectants et certains traitements pour les cheveux. Il est aussi utilisé en recherche biomédicale comme désactivateur. Cependant, pour certains fluorophores, l'addition de KI à des concentrations en ”M-mM provoque une augmentation de l'intensité de fluorescence, et l'iodure agit comme un amplificateur de fluorescencecite-ref-14[14].

Dans le domaine photovoltaïque, l'iodure de potassium est un composé de l'électrolyte des cellules solaires à pigment photosensible (cellules GrÀtzel, ou Dye-Sensitized Solar Cell), tout comme le diiode.

Alimentation

L'iodure de potassium est utilisé comme complément alimentaire pour l'alimentation du bétail ainsi que certains régimes humains. Dans ce dernier cas, c'est l'additif le plus commun utilisé pour « ioder » le sel de table (une mesure de santé publique afin de prévenir une carence en iode pour les populations ne consommant que peu de fruits de mer et de poissons). L'oxydation de l'iodure provoque de lentes pertes en iode contenu dans le sel iodé exposé à l'air. L'iodure de métal alcalin (sodium ou potassium), avec le temps et une exposition à un excÚs d'oxygÚne et de dioxyde de carbone, s'oxyde lentement en carbonate de sodium Na2CO3 ou de potassium K2CO3 et en iode I2, qui ensuite s'évaporecite-ref-15[15].

Applications pharmaceutiques

‱ Les solutions saturĂ©es d'iodure de potassium (SSKI) peuvent ĂȘtre utilisĂ©es comme traitement d'urgence pour l'hyperthyroĂŻdie, un fort taux d'iodure arrĂȘtant temporairement la sĂ©crĂ©tion de la thyroxine par la glande thyroĂŻdiennecite-ref-16[16]. Le traitement typique commence par une dose de charge, puis Âč⁄₃ mL de SSKI trois fois par jour.
‱ Des solutions d'iodures, Ă  base de quelques gouttes de SSKI ajoutĂ©es Ă  une boisson, peuvent ĂȘtre utilisĂ©es comme expectorants afin d'augmenter le taux d'eau dans les sĂ©crĂ©tions respiratoires et de faciliter leur expectoration[rĂ©f. nĂ©cessaire]
‱ La SSKI a Ă©tĂ© proposĂ©e comme traitement topique contre la sporotrichose, mais aucun essai n'a Ă©tĂ© menĂ© pour dĂ©terminer son efficacitĂ© ni ses Ă©ventuels effets secondairescite-ref-17[17].
‱ L'iodure de potassium a Ă©tĂ© utilisĂ© comme traitement symptomatique chez les patients souffrant d'Ă©rythĂšme noueux dont la cause de lĂ©sions persistantes Ă©tait inconnue. Il a notamment Ă©tĂ© utilisĂ© dans les cas d'Ă©rythĂšmes noueux associĂ© Ă  la maladie de Crohncite-ref-marshall1997-18-0[18].

Protection de la thyroïde durant certains traitements médicaux

L'iodure de potassium est utilisĂ© pour saturer la thyroĂŻde d'iode non-radioactif lorsqu'on utilise des composĂ©s contenant de l'iode radioactif en mĂ©decine nuclĂ©aire, que ce soit pour diagnostic (imagerie mĂ©dicale) ou pour traitement, et que la thyroĂŻde n'est pas ciblĂ©e. C'est par exemple le cas de l'iobenguane (MIBG), utilisĂ© aussi bien pour repĂ©rer de tissus tumoraux par scintigraphie que pour les traiter. C'est aussi le cas du fibrinogĂšne iodĂ©, utilisĂ© en radioimagerie au fibrinogĂšne pour observer la coagulation. MĂȘme si ces composĂ©s qui contiennent de l'iode radioactif ne le contiennent pas sous forme d'iodure, ils peuvent ĂȘtre finalement mĂ©tabolisĂ©s ou dĂ©composĂ©s en donnant des iodures radioactifs, que la thyroĂŻde a naturellement tendance Ă  absorber. Pour Ă©viter cela, il est donc commun de saturer la thyroĂŻde avec de l'iode non-radioactif.

Toutes les sources ne sont pas d'accord sur la durée nécessaire de « blocage » de la thyroïde, cependant on peut observer un consensus sur la nécessité de ce blocage à la fois pour les applications en scintigraphiques et thérapeutiques de l'iobenguane.

La Food and Drug Administrationcite-ref-19[19] et l'Association européenne de médecine nucléairecite-ref-eanm-org-20-0[20] recommandent les doses normales d'iodure de potassium dans le cas d'utilisation d'iobenguanes suivantes :

‱ pour les enfants de moins d'un mois 16 mg;
‱ pour les enfants d'un mois à trois ans, 32 mg;
‱ pour les enfants de 3 à 13 ans (AEMN) ou 18 ans (FDA), 65 mg;
‱ pour les patients au-dessus de 13 ans (AEMN) ou les adultes (FDA) 130 mg.

Ces deux agences ne sont cependant pas d'accord sur la durée du traitement. La FDA, pour l'iobenguane disponible dans le commerce marqué à l'iode 123, recommande l'administration d'iodure de potassium une heure avant l'administration du composé radiopharmaceutique, quel que soit l'ùgecite-ref-21[21], alors que l'Association européenne de médecine nucléaire recommande (aussi bien pour l'iobenguane marqué avec de l'iode 123 que de l'iode 131) l'administration d'iodure de potassium un jour avant l'administration du composé radiopharmaceutique et de continuer un jour aprÚs celle-cicite-ref-eanm-org-20-1[20], à l'exception des nouveau-nés qui eux ne doivent recevoir de l'iodure de potassium le jour précédent.

Aux États-Unis, les notices de l'iobenguane Ă  l'iode 131 utilisĂ© pour diagnostic recommandent l'administration d'iodure de potassium un jour avant l'injection, et de continuer 5 Ă  7 jours aprĂšs celle-ci, la demi-vie de cet isotope Ă©tant plus longue, et le danger qu'il reprĂ©sente pour la thyroĂŻde plus Ă©levĂ©cite-ref-22[22]. L'iobenguane Ă  l'iode 131 pour usage thĂ©rapeutique nĂ©cessite une autre posologie, Ă  savoir commencer l'administration de 24 Ă  48 heures avant l'injection d'iobenguane et continuer 10–15 jours aprĂšs celle-cicite-ref-23[23].

Protection de la thyroïde en cas d'incident, attaque ou accident nucléaire

En cas de contamination radioactive de l'environnement par l'iode 131, par exemple aprĂšs un accident nuclĂ©aire, l'attaque d'une centrale nuclĂ©aire ou en cas de retombĂ©es radioactives due Ă  une bombe atomique ou d'une « bombe sale », de nombreux radionuclĂ©ides volatils, produits de fission, peuvent ĂȘtre relĂąchĂ©s dans l'environnement. L'un des plus communs est l'iode 131, de symbole 131I, qui a la particularitĂ© d'ĂȘtre facilement assimilĂ© par la thyroĂŻde, et est de ce fait susceptible de provoquer des cancers de la thyroĂŻde.

En complĂ©ment de mesures immĂ©diates passives (principalement confinement et arrĂȘt de toute consommation de produits contaminĂ©scite-ref-agopiantz2016-24-0[24]), il est possible de saturer la thyroĂŻde en ingĂ©rant une petite quantitĂ© d'iode stable (non radioactif, il s'agit gĂ©nĂ©ralement d'iodure de potassium) afin d'empĂȘcher l'iode radioactif de s'y accumuler et d'y favoriser l'apparition d'un cancercite-ref-agopiantz2016-24-1[24]. Ceci doit ĂȘtre fait avant l'exposition par ingestion ou inhalation. L'absorption d'iode 131I radioactif diminue alors d'au moins un facteur 90cite-ref-25[25].

Pour une prophylaxie optimale, le KI doit ĂȘtre donc administrĂ© prĂ©cocement, puis quotidiennement tant que les risques d'exposition (inhalation ou ingestion) aux radioisotopes d'iode sont prĂ©sents et significatifs. Cette mesure cible surtout les enfants et femmes enceintes, avec « trĂšs peu d’effets secondaires, surtout si l'on respecte les rares contre-indications. Elle pourrait ĂȘtre inutile chez l’adulte, voire dĂ©conseillĂ©e aprĂšs soixante ans et chez l’adulte aux antĂ©cĂ©dents de pathologie cardiovasculaire »cite-ref-agopiantz2016-24-2[24].

L'effet protecteur d'un comprimé de KI dure environ 24 heures.

Une date de péremption est fixée sur l'emballage ou la tablette, variant de 5 à 7 ans selon le type de comprimés (voire plus si les conditions de conservation idéales ont été respectées). La formulation liquide de KI a une durée de vie de 5 ans.

L'iodure de potassium n'assure aucune protection contre les sources d'empoisonnement par radiation autres que les radioisotopes de l'iode, comme les radioisotopes du césium (césium 137 par exemple).

Aux États-Unis, cette utilisation de l'iodure de potassium en protection radiologique de la thyroĂŻde a Ă©tĂ© approuvĂ©e par la FDA en 1982. C'est la FDA qui dĂ©termine les seuils et les doses d'utilisation, publiĂ©s et mis Ă  jour dans des documents spĂ©cifiquescite-ref-26[26], y compris pour la prĂ©paration des individus et des familles en cas de danger de contaminationcite-ref-27[27]cite-ref-28[28]cite-ref-29[29]. Une Ă©tude demandĂ©e par les CDCcite-ref-30[30] a Ă©tĂ© conduite par l'AcadĂ©mie amĂ©ricaine des sciences, avec un Conseil de chercheurs spĂ©cialisĂ©s dans le domaine des effets des rayonnements (Research Council’s Board on Radiation Effects Research) sur la distribution et l'administration d'iode stable.

| Âge | Dose de KI (mg/jour) |
|---|---|
| Au-dessus de 12 ans | 130 |
| De 3 Ă  12 ans | 65 |
| De 1 Ă  36 mois | 32 |
| < 1 mois | 16 |

En 1999, l'Organisation mondiale de la santé a estimé que les comprimés de KI en usage préventif dans le cas de retombées nucléaires ne sont pas recommandés pour les adultes de plus de 40 ans (sauf si les niveaux de radiations inhalés prévus menacent la fonction thyroïdienne) car les effets secondaires de l'iodure de potassium augmentent avec l'ùge et peuvent dépasser ses effets protecteurscite-ref-who-guidelines-31-1[31].

Effets indésirables

Les mĂ©decins ont rapportĂ© quelques cas oĂč un traitement Ă  l'iodure de potassium a provoquĂ© un gonflement de la glande parotide (l'une des trois glandes qui sĂ©crĂštent la salive), gonflement attribuĂ© aux effets stimulants de l'iode sur la production de salivecite-ref-pathophysiology-32-0[32]

Pour le traitement liquide, une solution saturée de KI (SSKI) est habituellement administré par voie orale. Chez l'adulte, environ 250 mg d'iodure, répartis en plusieurs prises par jour (5 gouttes de SSKI correspondant théoriquement à environ 1/3 ml) bloquent le fonctionnement de la thyroïde lorsqu'on souhaite prévenir l'excrétion d'hormone thyroïdienne. Occasionnellement, cette dose est utilisée comme expectorant. Les doses anti-iode radioactif utilisées pour bloquer la fixation d'iode 131 par cette glande sont plus faibles, avec environ 100 mg par jour pour un adulte, et moins que cela pour les enfants (des tableaux existent avec les doses selon le poids).

Toutes ces doses sont bien plus Ă©levĂ©es que celle de l'iode nĂ©cessaire Ă  l'alimentation normale, qui n'est que de 150 ”g/jour (microgrammes, et non milligrammes). À des doses importantes, et parfois Ă  des doses bien plus faibles, des effets secondaires de l'iodure mĂ©dical, Ă  des doses 1 000 fois supĂ©rieures aux besoins normaux de l'organisme, peuvent inclure : l'acnĂ©, une perte d'appĂ©tit, des maux d'estomac ou (surtout pendant les premiers jours, alors que le corps s'habitue au mĂ©dicament) des effets secondaires plus graves qui exigent de consulter un mĂ©decin : fiĂšvre, faiblesse, fatigue inhabituelle, gonflement du cou ou la gorge, ulcĂ©rations dans la bouche, Ă©ruptions cutanĂ©es, nausĂ©es, vomissements, douleurs Ă  l'estomac, rythme cardiaque irrĂ©gulier, d'engourdissement ou de picotements dans les mains ou les pieds, ou encore goĂ»t mĂ©tallique dans la bouchecite-ref-33[33].

Divers

Il fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en avril 2013)cite-ref-34[34].

Notes et références

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‱ (en)/(de) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu des articles intitulĂ©s en anglais « Potassium iodide » (voir la liste des auteurs) et en allemand « Kaliumiodid » (voir la liste des auteurs).

Liens externes

‱ Compendium suisse des mĂ©dicaments : spĂ©cialitĂ©s contenant Iodure de potassium

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